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2. LA RÉVOLUTION «WEST SIDE STORY»
un cow-boy chante le jour qui se lève. Aucune caricature: le livret conserve des zones d’ombre, certaines scènes sombres comme
la mort d’un des personnages, un antihéros pour lequel on éprouve une certaine sympathie et les tergiversations amoureuses des deux protagonistes féminines.
légèreté à une intrigue parfois angoissante. En n, Oklahoma! utilise la danse de façon révolutionnaire : elle s’immisce naturellement dans les mouvements des personnages, en continuité avec leurs émotions.
le héros s’interroge sur le sexe de son futur enfant. Rodgers compose aussi un des airs emblématiques qu’il multipliera, gorgé d’espoir au plus profond de la tempête, « You’ll Never Walk Alone » qui deviendra l’hymne des
Celtics de Glasgow. En n, contrairement aux ouvertures traditionnelles de spectacle en forme de pot-pourri des airs à venir, le rideau se lève sur « La valse de Carousel », dont Richard Rodgers avait le secret qui immerge les spectateurs dans une scène de pantomime et lui permet de découvrir les différents protagonistes dans une fête foraine.
ANTIRACISME ET EXOTISME
Les succès s’enchaînent pour ceux qui sont aussi producteurs et deviennent les rois
de Broadway. Quatre ans après la  n de la Seconde Guerre mondiale, ils évoquent dans South Paci c (1949) les GI américains partis
à la guerre et montre le racisme ordinaire. L’histoire est celle d’une in rmière américaine qui, sur un atoll du Paci que, tombe folle amoureuse d’un directeur de plantation français dont les enfants sont métisses. Les auteurs se battent pour inclure une leçon
de morale antiraciste en pleine ségrégation intitulée « You’ve Got to Be Carefully Taught ». Le spectacle aux styles musicaux variés, imprégné de sonorités hawaïennes, sait aussi jouer sur le sex-appeal de la jeune in rmière qui prend sa douche sur scène en chantant :
« Je vais shampouiner cet amour » (« I’m Gonna Wash that Man Right Out of my Hair »).
Dans Le Roi et moi (1951), leur seule comédie musicale sans personnage américain, ils évoquent l’ouverture à l’occident du roi de Siam à travers l’arrivée d’une nourrice britannique. Pour ce spectacle rendu célèbre par la coupe de cheveux glabre de Yul Brynner, les auteurs ne veulent pas d’une approche caricaturale : pas de blague sur des harems, pas de  lles dansant dans des costumes orientaux qui chantent avec des cymbales aux mains. Pour montrer la dignité de l’Orient, dépeindre avec véracité le roi et sa cour comme de vrais êtres humains, Richard Rodgers nimbe sa partition de touches orientales. Il explique : « Les spectateurs occidentaux ne sont pas habitués aux tonalités orientales, aux sons des cloches, des hautes cordes nasales, les gongs, et ils
ne trouveraient pas cela très attractif. Si un compositeur veut émouvoir son public, et c’est ça certainement le théâtre, il doit les toucher à travers des sons auxquels ils sont habitués. J’ai toujours comparé mon approche à cette partition à la façon qu’un peintre américain comme Grant Wood peindrait ses impressions sur Bangkok. Ça ressemblerait à Siam vu
à travers les yeux d’un artiste américain.
Toute autre approche serait falsi catrice et autodestructrice. »
Un ballet de 15 minutes intitulé « La Case
de l’oncle Thomas » offre au milieu du spectacle une représentation intelligente de l’émancipation recherchée par les femmes du harem. Mis en scène dans des tonalités asiatiques par Jerome Robbins, ce moment préservé dans l’adaptation du  lm au cinéma trouve une justi cation dans le cours de la narration.
1. L’opéra de quat’sous de Bertolt Brecht et Kurt Weill, Moscou 1930 © Getty / Sojus-Foto, Imagno
2. L’opéra de quat’sous de Bertolt Brecht et Kurt Weill, Moscou 1930 © Getty / Sojus-Foto, Imagno
LA VALSE DE OH, WHAT A BEAUTIFUL    « CAROUSEL »
MORNING
Oklahoma! connaît un succès impressionnant et reste cinq ans à l’af che. Les auteurs enchaînent avec une autre œuvre sérieuse qui évoque les violences conjugales : Carousel. Cette comédie est l’adaptation de Liliom (1909), pièce de théâtre hongroise de Ferenc Molnar qui évoque les différences de classe sociale à la  n du XIXe siècle. Rodgers et Hammerstein déplacent l’action de Budapest à la Nouvelle-Angleterre et conservent le héros complexe et antipathique, bonimenteur, faignant, qui travaille dans une fête foraine, et, une fois marié à la jeune héroïne, devient violent avec elle. Le spectacle offre une nouvelle forme de chanson : le monologue introspectif de huit minutes durant lequel
Les deux auteurs inventent un nouveau placement des chansons. Alors qu’une comédie musicale comme Show Boat comptait 20 chansons différentes, on en compose seulement 12, dont certaines sont reprises avec de nouvelles paroles et parfois chantées en résonance avec le second acte par d’autres personnages pour apporter épaisseur, homogénéité à l’intrigue et séduire les spectateurs qui ont déjà aimé un air dans le premier acte. On crée aussi aux côtés du couple d’acteurs principaux un autre plus comique pour permettre à chacun de se reposer en coulisse et d’apporter un peu de


































































































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