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2. LA RÉVOLUTION «WEST SIDE STORY» 51
IL ÉTAIT UNE FOIS WEST SIDE STORY
Le 26 septembre 1957, une dé agration se produit à Broadway. Le critique du New York Times écrit : « Les retombées radioactives de West Side Story doivent toujours être en suspension sur Broadway ce matin. » Le spectacle, qui ouvre au Winter Garden Theater, est une révolution dans le théâtre musical. Comme à l’opéra, voici un drame sanglant sans concession, avec, à la  n du premier acte, deux corps gisant à terre. Un drame aussi extrêmement sexué grâce à la chorégraphie chaude de Jerome Robbins et aux rythmes parfois endiablés et latins de Leonard Bernstein. Un labeur à huit mains : Jerome Robbins le chorégraphe et metteur en scène, Arthur Laurents le dramaturge, Stephen Sondheim le parolier (et protégé d’Oscar Hammerstein II), et Leonard Bernstein le compositeur. Tous avaient la volonté de renouveler à leur tour l’art de la comédie musicale en la dépoussiérant davantage.
le spectacle qui se referme par le déchirant quatuor d’adieux avant de repartir à la guerre intitulé « Some Other Time ».
Leonard Bernstein, qui compose ses premières chansons, est aussi l’un des rares compositeurs de Broadway à orchestrer ses musiques. Alors qu’il avait soutenu cinq ans auparavant sa thèse à Harvard sur l’absorption des éléments raciaux dans la musique américaine, il met
en pratique sa recherche et fusionne jazz et symphonie, à l’image du travail effectué par George Gershwin qu’il apprécie. À travers l’orchestration, Leonard Bernstein apporte des couleurs précises à chaque ligne mélodique. Jerome Robbins épouse sur scène la vivacité de la rue de New York dans les mouvements de danse de ses personnages. Leonard Bernstein conclut : « Nous avons fait une comédie joyeuse et vivante dans un esprit divertissant, mais avec un souci esthétique extrêmement poussé. »
WONDERFUL TOWN
Après ce triomphe, la défaite. Le spectacle
a beau rester un an et demi à l’af che, le compositeur a reçu le soir de la première
la désagréable visite de son mentor, le chef d’orchestre Serge Koussevitzky : il l’accuse
avec ce spectacle de rabaisser son image et
de gâcher son talent. Durant dix ans, Leonard Bernstein s’éloigne du théâtre qu’il affectionne, sans trop le dire à ses amis. Lorsque Serge Koussevitzky disparaît en 1950, il retourne à ses premières amours en composant durant sa lune de miel le drôle d’opéra en un acte Trouble
in Tahiti (1952), qui raconte la perte du désir mutuel chez un couple...
Son retour à la comédie musicale se déroule en un mois lorsqu’on lui demande de sauver un spectacle dont le compositeur vient d’être renvoyé et qui est l’adaptation humoristique de la célèbre pièce My Sister Eileen (1940)
de Joseph A. Fields et Jerome Chodorov.
Pour Wonderful Town (1953), qui raconte les aventures de deux provinciales montées à New York, il compose une musique marquée par les années 1930, se remet au jazz et pose déjà les jalons de West Side Story en mélangeant ballets et compositions latines, comme une conga.
CULTIVEZ VOTRE JARDIN
Après l’adaptation de Peter Pan (1950) pour
la scène avec le parti pris de ne faire chanter que Wendy et le capitaine Crochet, et une partition délicieuse et drôle qui oscillait entre opéra et comédie musicale avec quelques allusions musicales savantes aux concertos brandebourgeois de Jean-Sébastien Bach, il se met à travailler sur l’adaptation de Candide
1. L’opéra de quat’sous de Bertolt Brecht et Kurt Weill, Moscou 1930 © Getty / Sojus-Foto, Imagno
THÉÂTRE MUSICAL ET MUSIQUE CLASSIQUE
Leonard Bernstein naît en 1918. Comme Gershwin, sa carrière oscille entre musique sérieuse et musique populaire. Il étudie
la musique à Harvard University et monte
The Cradle Will Rock (1938), pièce musicale engagée et gauchiste de Marc Blitzstein, allégorie brechtienne sur la corruption, qui avait été créée par Orson Welles. Après le Curtis Institute of Music de Philadelphie pour faire carrière dans la musique symphonique, il devient l’assistant des chefs d’orchestre Serge Koussevitsky du Boston Symphony Orchestra et Arthur Rodzinski du New York Philharmonic Orchestra. Il devient célèbre en 1943 en remplaçant au pied levé Bruno Walter à la tête de l’orchestre philharmonique de New York.
FANCY FREE
À 25 ans, le voici entré dans la cour des grands, alors qu’au même moment un jeune chorégraphe dénommé Jerome Robbins cherche un compositeur pour un ballet moderne. Ce dernier souhaite moderniser les ballets avec une musique dérivée de danses populaires comme le boogie-woogie, le lindy hop et les claquettes. Jerome Robbins écrit
alors l’histoire de trois marins en permission
à New York pour quelques heures, et leurs mésaventures pour trouver une  lle en écumant les bars. Leonard Bernstein compose pour Fancy Free (1944) une partition qui mêle jazz, accords parfois dissonants de Bernstein et blues. L’œuvre, jouée 160 fois au Metropolitan Opera, y fait entrer le jazz. Le public, attentif, rit et ovationne.
NEW YORK, NEW YORK
Ils sont novices, mais on leur conseille d’en faire une comédie musicale. Avec Betty Comden et Adolph Green, artistes auteurs amis de Bernstein qui se produisent au Village Vanguard, club de jazz de Greenwich Village, ils développent le ballet en spectacle sous la houlette du metteur en scène vétéran George Abbott.
On the town (1944), créé dans une Amérique
en guerre, reprend le même point de départ que Fancy Free, mais aucune note n’est similaire. Le spectacle suit trois marins lors de la Seconde Guerre mondiale, en permission pour 24 heures à New York. Chacun a sa personnalité : l’un est un séducteur compulsif, l’autre est romantique et rêveur, le troisième naïf. Chacun a son idéal féminin. Trois jeunes  lles au caractère bien trempé les éclipsent sur scène : une chauffeuse de taxi entreprenante, une étudiante en sciences naturelles et une miss Metropolitan. Une ode à New York ouvre


































































































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