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2. LA RÉVOLUTION «WEST SIDE STORY»
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GENÈSE D'UNE CHANSON
GLITTER AND BE GAY
La chanson devenue l’un des hymnes de New York entonnée par les marins qui descendent à terre au début de la comédie musicale et chantée lorsqu’ils arpentent en dansant les rues de la métropole est composée comme plusieurs éléments de la partition de On the town par Leonard Bernstein dans le train qui mène de New York en Californie en plein été où Bernstein doit dirigé Fancy Free. New York New York est composé en passant par les plaines du Nebraska.
Bernstein sort un bloc note, de son attaché case,
WEST SIDE STORY
Tout se déroule alors très vite. L’écriture du livret est con ée à Arthur Laurents qui réduit de 24 à 15 le nombre de scènes de Roméo et Juliette et en faisant attention à ne pas alourdir par les mots le récit qui doit, de l’avis de tous, être emmené par la danse et la musique. Leonard Bernstein compose les musiques
en collaboration avec le parolier Stephen Sondheim, et insiste parfois pour des paroles
que Sondheim estime aujourd’hui trop sucrées et trop peu réalistes comme « I feel pretty ».
Pour Leonard Bernstein, le principal problème consiste à trouver la bonne délimitation
entre l’opéra et Broadway, entre le réalisme et la poésie, entre le ballet et la danse, entre l’abstrait et le représentatif, et éviter d’être trop lourd dans le message délivré. Il écrit
ses premiers thèmes « America », clin d’œil à l’opéra Regina (1949) de Marc Bitzstein, comme ode des Portoricains à leur nouveau pays d’adoption, et un mambo pour la rencontre chorégraphiée entre les deux gangs dans un gymnase. Il multiplie les styles : « Cool » est jazzy, « America » hispanisant, « A Boy Like That » similaire à un aria...
COOL
La collaboration entre Leonard Bernstein et Jerome Robbins est plus problématique, le second essayant de dominer le premier et n’hésitant pas, comme le rappelle Bernstein,
à mettre la main dans le dos du compositeur pour lui conseiller d’ajouter une mesure ici ou là. Pendant les répétitions, Robins est brutal sur le plateau, il ne dit pas : « Tu pourrais faire mieux, sois plus chaleureux », il dit : « Tu n’es qu’un bon à rien, tu n’arrives même pas à jouer correctement cette scène... » Au lieu des quatre semaines de répétitions habituelles, il en demande dix. On peau ne, on supprime le dernier aria de Maria lorsque Tony gît mort sur scène car on trouve que celui-ci n’est pas à
la hauteur du moment théâtral. On supprime aussi les premiers dialogues à l’ouverture du spectacle car la confrontation entre les deux bandes peut être mieux explicitée en musique et claquements de doigts.
I FEEL PRETTY
De l’énergie, de la vie, du drame, des meurtres : le critique est surpris. Mais c’est quatre ans plus tard, en 1961, lorsque le spectacle qui
s’est déjà joué à 1 000 reprises à New York
est adapté au cinéma et reçoit dix Oscars
GENÈSE D'UNE CHANSON « I FEEL PRETTY »
La chanson devenue l’un des hymnes de New York entonnée par les marins qui descendent à terre au début de la comédie musicale et chantée lorsqu’ils arpentent en dansant les rues de la métropole est composée comme plusieurs éléments de la partition de On the town par Leonard Bernstein dans le train qui mène de New York en Californie en plein été où Bernstein doit dirigé Fancy Free. New York New York est composé en passant par les plaines du Nebraska.
Bernstein sort un bloc note, de son attaché case,
– dont celui du meilleur  lm et du meilleur réalisateur – qu’il gagne une renommée internationale. Le  lm qui  ge sur l’écran les chorégraphies endiablées de Jerome Robbins devait être d’abord réalisé par le metteur
en scène, mais son exigence et les retards répétés durant le tournage persuadent les studios d’Hollywood de l’écarter au pro t
d’un réalisateur chevronné, Robert Wise. Le  lm conserve les couleurs du spectacle mais modi e par quelques détails son déroulement. Les Kids se moquent du policier avant le meurtre de leur chef de bande et non après, et lorsque les Portoricaines chantent leur amour ironique de l’Amérique, elles sont désormais accompagnées par les hommes de la bande. Natalie Wood joue une parfaite ingénue dans
le rôle de Maria, même si elle est doublée dans les chansons par Marni Nixon.
Après West Side Story, Leonard Bernstein monte plusieurs projets, tous avortés, avec Jerome Robbins comme The Skin of Our Teeth ou A Pray by Blecht. Bernstein compose ensuite une œuvre massive qui mêle pop et chant liturgique : La Messe (1971) et 1 600 Pennsylvania Avenue avec Alan Jay Lerner, l’auteur d’Un Américain à Paris, récit historique des résidents et présidents de la Maison Blanche qui penche plus vers l’opéra. Il n’a composé que cinq comédies musicales en 45 ans de carrière, mais quelles comédies musicales !


































































































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