Page 23 - Demo
P. 23

2. LA RÉVOLUTION «WEST SIDE STORY» 57
LA TRADITION
DE L'OPÉRETTE CONTINUE:
MY FAIR LADY
Écrire des comédies musicales est souvent un travail de duo. Durant cette période, le compositeur Frederick Loewe et le dramaturge et parolier Alan Jay Lerner, futur auteur du scénario du  lm Un Américain à Paris, s’imposent comme les concurrents de Richard Rodgers et Oscar Hammerstein II et signent une série de succès ancrés dans le folklore ou l’opérette. Un an avant West Side Story, ils connaissent un grand succès avec My Fair Lady (1956).
Lerner explique : « C’est dif cile de dé nir
le style musical western. James Barrie a dit qu’on ne pouvait dé nir son charme, mais qu’il savait quand quelqu’un ne l’avait pas. » Certaines ballades de solitaire comme « I Talk to the Trees » qu’interprète Clint Eastwood dans l’adaptation au cinéma deviennent des standards du jazz.
LERNER ET LOEWE, LES CONCURRENTS DE RODGERS ET HAMMERSTEIN
Le compositeur berlinois Frederick Loewe,  ls d’un ténor autrichien versé dans l’opérette, a de qui tenir. Jeune, il compose des mélodies, est soliste au piano à 13 ans avec l’orchestre philharmonique de Berlin et crée « Katrina », un air qui se vend à un million d’exemplaires en Europe. S’il se destine à des études poussées de piano et composition en travaillant avec
le professeur de Kurt Weill, il n’arrive pas
à percer une fois installé aux États-Unis.
Après maints petits boulots, il parvient à
faire entrer sa première chanson dans une revue de Broadway, « Love Tiptoed Through my Heart » (1935). Et se met à composer
des opérettes avant de s’associer dans les années 1940 avec un jeune journaliste et auteur pour la radio, Alan Jay Lerner,  ls de bonne famille propriétaire d’une chaîne de vêtements. Ensemble, ils donnent naissance à des comédies musicales marquées du sceau de la fantaisie. Alan Jay Lerner suit le chemin d’Oscar Hammerstein II, et à son tour écrit à la fois le livret et les paroles des chansons.
THE HEATHER ON THE HILL
Après Life of the Party, un timide premier essai salué par la presse, leur premier grand succès est Brigadoon (1947), qui enchante par ses ballets, ses mélodies et la faculté de faire revivre le passé. Inspiré des œuvres de J. M. Barrie, le créateur de Peter Pan, et du
roman allemand Germelshausen de Friedrich Gerstäck, le récit est situé en Écosse. Il raconte l’histoire d’amour entre un touriste américain et la jeune  lle d’un village qui ne prend vie qu’un jour tous les 100 ans. Son point d’orgue est l’air autour du sentiment amoureux, « The Heather on the Hill », immortalisé dans l’adaptation au cinéma en 1954 par un Gene Kelly tendre et élancé.
HISTOIRES DE « COW-BOYS »
Après le succès inattendu de Brigadoon, Alan Jay Lerner, impressionné du fait qu’un succès n’apporte pas le bonheur, explore ce sentiment à travers l’aventure des chercheurs d’or du XIXe siècle qui ont connu leur lot de désillusions.
Il raconte : « J’ai tout de suite imaginé la première scène. Je visualisais deux wagons : l’un partait avec espoir vers le pays de l’or, l’autre rentrait désespéré. Je voulais raconter l’histoire de ces deux wagons, et ce qui se passait entre l’aller et le retour. Finalement, j’ai décidé d’écrire la vie et la mort d’une ville fantôme avec un ton sérieux. » Paint Your Wagon (1951) est une reconstitution franche de la très virile Ruée vers l’or où les femmes sont rares et précieuses au milieu d’une tripotée d’hommes peu policés. Pour écrire livret et paroles, Alan Jay Lerner se documente et s’inspire notamment du récit d’un homme qui acheta par un acte de vente fermement établi sa femme à un autre homme qui n’en voulait pas. Il s’inspire également de récits de femmes et d’enfants arrivés dans des villages qui n’en avaient pas vus depuis un an et de minutes de procès réellement tenus dans des saloons.
Les dix chansons de Frederick Loewe plongent dans le folklore du far west et respectent l’esprit américain du XIXe siècle. Alan Jay
MY FAIR LADY
Alan Jay Lerner adapte aussi, comme Oscar Hammerstein II, des romans et pièces contemporaines. Pygmalion (1914), la
pièce de George Bernard Shaw, raconte la transformation d’une prolétaire, vendeuse de violettes, en une comtesse grâce à l’apprentissage d’un nouvel accent. La
pièce intéresse un producteur qui attend
la disparition de l’auteur, opposé à toute adaptation en comédie musicale, pour s’y atteler. Il se heurte aux refus successifs de grands compositeurs comme Cole Porter, Rogers et Hammerstein, Irving Berlin et Frank Loesser, qui doutent tous de la possibilité d’une telle transposition. En effet, peu d’amour traverse la pièce dont le héros masculin, professeur de phonétique, est un
1. L’opéra de quat’sous de Bertolt Brecht et Kurt Weill, Moscou 1930 © Getty / Sojus-Foto, Imagno
2. L’opéra de quat’sous de Bertolt Brecht et Kurt Weill, Moscou 1930 © Getty / Sojus-Foto, Imagno


































































































   21   22   23   24   25