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2. LA RÉVOLUTION «WEST SIDE STORY»
INTERVIEW STEPHEN SONDHEIM
DATES
1895 New York, États-Unis
† 1960 Dolylestown, États-Unis
PRINCIPALES OEUVRES
• Snow boat (1927) • Free for all (1931) • Oklahoma (1943) • Carousel (1945)
• La Mélodie du bonheur (1959)
Vous êtes devenu auteur de comédie musicale pour imiter votre père de substitution Oscar Hammerstein. Dès 14 ans, vous avez écrit et composé votre première comédie musicale au collège. Comment avez vous appris à composer ?
J’ai pris des leçons de piano à 6 ou 7 ans. A 14 ans, j’adorais lire les partitions, de chansons notamment. Pour composer cette première comédie musicale au collège, j’ai imité : par exemple, j’ai clairement volé une chanson au  lm «State Fair»!
Vous avez ensuite pris des cours de musique avec Robert Barrow à Williamstown College, puis le dodécaphoniste Milton Babbitt. Vous racontez que Mr Babbit donnait des cours de 4 heures sur Mozart, Bach, Beethoven, mais consacrait la première heure aux chansons : pourquoi ?
Parce qu’il adorait les chansons et leurs structures. Pour lui, les architectures des morceaux courts comme les chansons de trois minutes ne sont pas différentes de
celle d’une symphonie de 40 minutes : il y a exposition, développement et récapitulation. C’est exactement ce que Oscar Hammerstein m’a appris : considérer les chansons comme des pièces de théâtre en un acte, avec
des prémices, un développement, et une conclusion.
On a l’impression que chacune de vos partitions de comédies musicales est une équation mathématique que vous posez et essayez de résoudre. Qu’en pensez-vous ? Je suis attaché à une histoire, et ensuite
je cherche la solution appropriée pour la raconter tout en maintenant la partition homogène. L’idée sort du matériel, du livret. Comme je l’écris dans mon livre « Finishing the hat », le contenu dicte la forme.
Par exemple, pour ma première comédie musicale à Broadway, « A Funny thing happened on the way to the Forum », qui est une farce inspirée des œuvres antiques de Plautus, j’ai essayé d’écrire des chansons qui soient aussi amusantes que le livret de Burt Shevelove.
Pour « Company », qui parle d’un célibataire de 40 ans qui se demande s’il doit se marier, les dialogues du livret n’aboutissaient pas à des chansons. J’ai donc décidé que toutes les chansons seraient des commentaires.
Pour « Follies », nous racontions l’histoire d’un groupe de danseuses des Weissman follies, copie des Ziegfeld follies, qui se retrouvent des années plus tard pour une soirée arrosée : la partition devait donc osciller entre des chansons qui sortent du cœur et de l’esprit des personnages, et des chansons qu’ils avaient l’habitude de chanter sur scène 30 ans plus tot. Celles-ci ne pouvaient être que des
Stephen Sondheim n’est pas seulement le  ls spirituel de l’un des pères de la comédie musicale américaine, Oscar Hammerstein, le co-créateur de « Show Boat ». Il a aussi repoussé les limites du théâtre musical, aux frontières de l’opéra. Parolier au début de sa carrière de «West Side Story», Stephen Sondheim a vite fait entendre sa petite musique aux harmonies complexes et aux paroles aiguisées. Auteur des partitions d’une quinzaines d’ouvrages de genres variés, du marivaudage « A Little Night Music » au pointilliste « Sunday in the park with Georges », ses mélodies sont souvent devenues des standards à l’image de « Send in the Clown » et de « Broadway Baby ».


































































































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