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THE JAZZ SINGER
ET LES FILMS
« ALL SINGING,
ALL DANCING »
Les premiers  lms musicaux au cinéma reprennent les codes de Broadway : hommes blancs grimés en noir, opérettes  lmées, ils créent aussi un nouveau star system où des petites  lles de 5 ans et demi se mettent à faire rêver l’Amérique tout entière.
noir et blanc inspirés par l’Art déco pour la géométrie et les kaléidoscopes, ou dansent en monokini sous l’eau  lmées par des caméras posées dans des sas isolants. D’autres dansent sur des pièces d’or dans un autre  lm de Berkeley, Les Chercheuses d’or (1933), habillées de pièces d’or, devant d’énormes pièces d’or où est inscrit « In God we Trust » tout en chantant « On tient le bon bout ». Les chansons sont jazzy et inspirées du son de Broadway.
JEANETTE MACDONALD ET LES FILMS OPÉRETTES
Les studios  lment aussi des opérettes exotiques et sentimentales qui manient le bel canto. Jeanette MacDonald est sa vedette : avec sa voix de colorature et son caractère forcené, elle est parfaite pour incarner une aristocrate qui tombe amoureuse d’un rustre incarné par Maurice Chevalier ou Nelson Eddy. Repérée en 1926 par Ernst Lubitsch à Broadway dans Tip-Toes de George Gershwin, Hollywood lui propose un premier rôle féminin de reine d’un état d’opérette face à Maurice Chevalier, comte, dans Parade d’amour (1929). C’est un tel succès que la Paramount lui offre un contrat. Dix  lms s’enchaînent et af rment son image de chanteuse d’opérette et d’aristocrate, dont Le Roi vagabond (1930) où elle tombe amoureuse de François Villon dans une France médiévale, sur une musique de Rudolf Friml, et Monte-Carlo (1930)
d’Ernst Lubitsch où elle incarne une comtesse sans le sou tombée amoureuse d’un homme qu’elle croit coiffeur...
L'AUTRE COUPLE MYTHIQUE : NELSON EDDY ET JEANETTE MACDONALD
Le couple qu’elle forme ensuite avec le baryton Nelson Eddy fait rêver les petites  lles. Après leur premier succès Naughty Marietta (1935)
et une nomination aux Oscars, ils enchaînent
1. L’opéra de quat’sous de Bertolt Brecht et Kurt Weill, Moscou 1930 © Getty / Sojus-Foto, Imagno
2. L’opéra de quat’sous de Bertolt Brecht et Kurt Weill, Moscou 1930 © Getty / Sojus-Foto, Imagno
Si Chantons sous la pluie (1952) a marqué l’histoire de la comédie musicale, c’est d’abord parce que le  lm racontait une histoire vraie : lorsque le cinéma muet devient sonore dans les années 1920, une génération entière d’acteurs du muet est balayée et Hollywood fait d’abord appel aux vedettes de Broadway. Al Jolson, la première star du cinéma parlant, était la vedette de la revue annuelle des frères Schubert, les Passing Shows (1912-1924). Il
se grimait en noir, chantait du blues. Fils de rabbin plus attiré par les scènes de music-hall que par la synagogue, son destin avait inspiré une pièce de théâtre dont le studio Warner achète les droits en 1927 pour en faire un  lm avec lui comme interprète. The Jazz Singer, premier succès du  lm parlant, ne contient pourtant que deux minutes de dialogues parlés. Les autres dialogues apparaissent à l’ancienne sur des intertitres. Autant dire la surprise des spectateurs lorsqu’au bout de 15 minutes l’acteur s’adresse directement à eux : « Attendez un moment. Vous n’avez encore rien entendu », et se met à chanter « Toot Toot Tootsie, Goodbye ». La voix qui sort de l’écran et la musique bouleversent l’histoire du cinéma. Les spectateurs applaudissent à la  n de chacune des six chansons.
Chaque studio va se mettre au  lm sonore et à la comédie musicale et impose sa griffe. À la Metro-Goldwyn-Mayer, les Broadway Melodies sont des copies de revues dépourvues de  l conducteur ; la Fox façonne pour une  llette de 6 ans, Shirley Temple, des  lms chantés ; la Paramount adapte des opérettes comme La Veuve joyeuse par Ernst Lubitsch ; la Warner crée des superproductions où Busby Berkeley donne libre cours à la démesure.
BUSBY BERKELEY
En 1929, l’Amérique est en pleine dépression économique. L’héroïne des  lms musicaux produits par la Warner est souvent une jeune
effrontée et débrouillarde qui s’en sort grâce à sa vaillance. Ses histoires sont sublimées
à l’écran sous la direction du chorégraphe
puis metteur en scène Busby Berkeley qui
suit les pas de Fritz Lang dans des mises en scènes et plans grandioses. Né dans une famille d’artistes, il découvre son talent de metteur en scène à l’armée, où il organise
les parades des troupes sans avoir besoin de porte-voix. Il réunit les militaires par petits groupes en leur donnant ses consignes et crée des mouvements d’escadrons, de foules qui sont réglés comme du papier à musique. À Broadway, il arrive à convaincre un producteur de le laisser chorégraphier un numéro de danse pour la comédie musicale Holka Polka (1930). N’ayant jamais pris de cours de danse ni de musique, les danseuses qu’il dirige lui apprennent les pas: c’est la mise en scène
qui l’intéresse. Appelé à Hollywood la même année par Samuel Goldwyn pour régler le numéro de danse d’un  lm avec Eddie Cantor, il applique ses recettes. Il veut du spectaculaire et un nombre incommensurable de danseurs sur scène, 48 à 60  lles au lieu de 12, sur
des plateaux démesurés avec des moyens démesurés. S’il n’a jamais vu une caméra de sa vie, il fait le tour des studios et décide de  lmer avec une seule caméra, alors que les studios ont l’habitude de tourner les scènes sous quatre angles différents.
CHERCHEUSES D'OR
5 000 jeunes femmes choisies pour la beauté de leurs yeux, 300 pour leur visage, 200 pour leurs jambes, une centaine pour leurs genoux parfaits... Busby Berkeley passe ses journées à faire des auditions pour le  lm 42e Rue (1933) et crée une chorégraphie pour ces centaines de jeunes  lles délicieuses avec une précision militaire et un érotisme suintant. Filmées avec des caméras suspendues à vingt mètres, elles forment des  gures géométriques, le contour d’un violon ou une  eur, dans des tableaux en
2. LA RÉVOLUTION «WEST SIDE STORY» 65


































































































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