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2. LA RÉVOLUTION «WEST SIDE STORY» 73
LES ÉTOILES DE LA MGM
Le slogan de la Metro-Goldwyn-Mayer stipulait :
« Il y a plus d’étoiles à la MGM qu’au  rmament. » C’était la Rolls des studios à Hollywood. En sont sortis les plus grands classiques de la comédie musicale au cinéma : Chantons sous la pluie, Un Américain à Paris, Parade de printemps ou Tous en scène. Dans son écurie, des contrats d’exclusivité de sept ans ont été signés avec Katherine Hepburn, Judy Garland ou Greta Garbo, et l’une de ses unités dédiées à la comédie musicale brillait sous la houlette d’Arthur Freed, qui débute comme parolier au studio. Après le succès inattendu du Chanteur de jazz, la Metro-Goldwyn-Mayer se lance en effet à son tour dans le  lm musical : The Broadway Melody (1929) est un « backstage musical » dans les coulisses d’un théâtre pour lequel Arthur Freed compose la chanson «The Broadway Melody» avant d’écrire
« Singin’ in the Rain » pour le  lm Hollywood chante
et danse (1929).
GENÈSE D'UNE CHANSON
OVER THE RAINBOW
CREATION 1928, Berlin AUTEUR Bertolt Brecht REPRESENTATIONS    COMPOSITEUR
Kurt Weill
350 représentations
avant la  n de 1930,
le plus grand succès
théâtral sous la
République de Weimar.
Première représentation
en France en 1930 MISE EN SCENE
ACTEURS PRINCIPAUX
Lotte Lenya (JENNY),
Kurt Gerrron (TIGER BROWN)
LE MAGICIEN D'OZ
En 1939, l’environnement évolue. Busby Berkeley passe à la Metro-Goldwyn-Mayer, Ginger Rogers et Fred Astaire quittent la RKO et la MGM devient quasiment le seul studio
à produire des  lms musicaux, avec la Fox.
Ils signent talent sur talent dont, en 1936,
une jeune  lle de 14 ans, Judy Garland. Le surprenant succès du dessin animé musical Blanche-Neige et les sept nains (1937) incite les studios à produire un  lm fantastique musical destiné à toute la famille. Le patron Louis B. Mayer et le producteur Mervyn LeRoy portent leur dévolu sur Le Magicien d’Oz, roman pour enfants de Franck Baum paru en 1900. Mervyn LeRoy s’attache les services d’Arthur Freed pour l’aider à produire le  lm, en particulier pour la musique. Shirley Temple est pressentie pour incarner l’adolescente du Kansas catapultée au pays coloré d’Oz, mais le studio de la Fox refuse de la prêter et la MGM se rabat sur la petite Judy Garland.
IF ONLY I HAD A BRAIN
Arthur Freed fait appel pour la musique à Jerome Kern qui, malade, décline, puis à Harold Arlen, compositeur de Broadway dont
il aime la fantaisie musicale et surnommé le
« blanc négroïste » par la chanteuse Ethel Waters. Fan de musique noire, Arlen a débuté comme pianiste accompagnateur de  lms muets avant de former un groupe de jazz dont il était pianiste, arrangeur et chanteur. Il crée au Cotton Club de Harlem de magni ques chansons qui portent le blues comme « Stormy
Weather » et « I’ve Got a World on a String ». Parti à Hollywood à cause de la dépression économique, il s’associe à un parolier qui aime les paroles fantaisistes, Yip Harburg, poussé vers l’écriture par Ira Gershwin, frère de George Gershwin. Trois réalisateurs se succèdent : George Cukor signe les essais de coiffure, de maquillage et de costume de Judy Garland durant ses trois jours de tournage
et donne son apparence à la fermière. Victor Flemming lui succède avant d’être à son tour remplacé par King Vidor. Le  lm est marqué par le passage du noir et blanc des fermes
du Kansas aux couleurs du pays d’Oz et les costumes saisissants de l’Épouvantail, du Lion peureux et de l’Homme de fer-blanc.
JACK CUMMINGS
À la MGM, trois unités séparées se consacrent à la production de  lms musicaux. La première est créée par Jack Cummings, neveu de Louis B. Mayer, qui modernise dans les années 1930 les revues  lmées en rajoutant une petite intrigue. À son actif, des  lms comme L’Amiral mène la danse (1934) sur des chansons de Cole Porter, des  lms avec la nageuse Esther Williams, mais aussi, après-guerre, Kiss Me, Kate.
LE STYLE ARTHUR FREED
« Fais les choses de manière énorme, fais les choses de la bonne manière, mais fais-le avec classe », est le mot d’ordre d’Arthur Freed qui, après le triomphe du Magicien d’Oz, prend la tête d’une autre unité de comédie musicale
Erich Engell
La chanson devenue l’un des hymnes de New York entonnée par les marins qui descendent à terre au début de la comédie musicale et chantée lorsqu’ils arpentent en dansant les rues de la métropole est composée comme plusieurs éléments de la partition de On the town par Leonard Bernstein dans le train qui mène de New York en Californie en plein été où Bernstein doit dirigé Fancy Free. New York New York est composé en passant par les plaines du Nebraska.
Bernstein sort un bloc note, de son attaché case,
à la MGM. Il deviendra le témoignage de l’âge d’or de la comédie musicale à Hollywood où rien n’était trop beau, ni les décors ni les stars. Désormais, le  lm n’est plus focalisé sur le grand numéro  nal exubérant. Plus besoin de débauche spectaculaire. La verve imaginative se passe désormais du luxe. Les morceaux d’anthologie pourront être des solos, comme lorsque Fred Astaire fait des claquettes les pieds au plafond dans Mariage royal (1951). L’important est de bien planter le décor au début d’un  lm. Ainsi, Chantons sous la pluie s’ouvre sur l’avant-première à Hollywood
d’un  lm de Linda Lamont et Don Lockwood ; Un jour à New York sur le débarquement de marins dans la ville, et Un Américain à Paris sur un travelling qui présente les différents protagonistes vus par une fenêtre dans un quartier de Montmartre. Charge ensuite de trouver assez rapidement la scène chargée
de faire basculer le spectateur dans le  lm de genre musical : un  ash-back sur les débuts de Don Lockwood où il chante, ou, dans Tous en scène, Fred Astaire sur le quai d’une gare interprétant « By Myself ». Ce séquençage donne du dynamisme, de l’allégresse au récit, et permet au spectateur de mieux entrer dans l’histoire. Ce dernier est presque pris par la main, n’est pas brusqué par des numéros qui seraient sortis de nulle part. Et, comme dans l’opérette  lmée, les numéros musicaux dans la première partie de l’histoire ne sont pas oubliés.
Le Magicien d’Oz avait inauguré précisément cette formule : la chanson phare « Over the Rainbow » est placée dès le début du  lm, avant qu’il ne prenne des couleurs. Et le  nal est amoindri par ricochet car désormais, avec Arthur Freed, il n’est plus forcément une apothéose. Il peut s’agir d’une simple reprise de quelques mesures d’une chanson, comme dans Chantons sous la pluie.
1. L’opéra de quat’sous de Bertolt Brecht et Kurt Weill, Moscou 1930 © Getty / Sojus-Foto, Imagno


































































































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