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protagonistes et l’intrigue. Une prostituée évoque à travers une « Ballade de l’esclavage des sens » toute la faiblesse et la vanité des hommes. Un souteneur a droit à son moment de gloire inspiré d’un poème sur les bordels de François Villon, et une chanson en canon montre avec acidité la complicité dans la corruption entre un escroc et un policier. Chaque titre de chanson est annoncé par
un comédien sur un panneau avant son interprétation, a n de préserver la fameuse « distanciation brechtienne ».
L’Opéra de quat’sous connaît le plus grand succès théâtral sous la République de Weimar : outre 350 représentations, il tourne pendant cinq ans dans toute l’Europe et est adapté
au cinéma en 1931 par Georg Wilhelm Pabst. Brecht et Weill collaborent durant six ans et créent respectivement en 1930 et 1933 les opéras Grandeur et décadence à Mahagonny et Les Sept péchés capitaux, caricature
2. LA RÉVOLUTION «WEST SIDE STORY»
oppressante et opératique de l’Allemagne qui sombre entre les deux guerres.
KURT WEILL À BROADWAY
Arrivés au pouvoir, les nazis inscrivent les œuvres de Kurt Weill au tableau de la musique considérée comme « dégénérée ». Kurt Weill s’installe en France en 1935 où il compose Marie Galante, puis émigre aux États-Unis, en s’immergeant complètement dans la culture de Broadway. Il espère combler l’écart entre la musique élitiste et l’art populaire et s’associe à des poètes et dramaturges de renom pour créer des œuvres politiques destinées à un public mature, intelligent, sans peur de traiter des sujets sérieux de façon divertissante. Kurt Weill estime qu’il n’existe pas de différence entre musique sérieuse et légère, mais
seulement de la bonne et de la mauvaise musique. Ses huit comédies musicales sont montées dans des théâtres privés de Broadway, comme quelques années plus tôt Porgy and Bess de George Gershwin, et non dans des maisons d’opéra, et traitent de thématiques audacieuses comme la psychanalyse, l’apartheid ou la politique.
COMÉDIES MUSICALES POLITIQUES
À BROADWAY
Kurt Weill écrit Johnny Johnson (1936) avec
le prix Pulitzer de 1927 Paul Green, une fable antimilitariste qui suit un jeune idéaliste parti en guerre par amour et qui trouve à son retour sa  ancée mariée à un autre. Les chansons sont dissonantes et la partition mélange les styles
CREATION 1928, Berlin
REPRESENTATIONS
350 représentations avant la  n de 1930, le plus grand succès théâtral sous la République de Weimar. Première représentation en France en 1930
AUTEUR Bertolt Brecht COMPOSITEUR
Kurt Weill
ACTEURS PRINCIPAUX
Lotte Lenya (JENNY),
Kurt Gerrron (TIGER BROWN)
MISE EN SCENE
Erich Engell
OEUVRE INCONTOURNABLE: L'OPÉRA DE QUAT'SOUS
Dans les années 40, les producteurs et auteurs de comédie musicale se tournent vers des romans forts et aux
thèmes sociaux et les adaptent en comédie musicale. Il y eut Carousel, Oklahoma, le roi et moi par Rodgers et Hammerstein.1952 : le producteur Gabriel Pascal approche Alan Jay Lerne : « Je souhaiterais faire une comédie musicale de Pygmalion, le livre de George Bernard Shaw, cette histoire qui raconte l’élévation sociale d’une petite vendeuse de violette de Covent Garden par la grâce d’un britannique misogyne. L’auteur a toujours refusé une telle adaptation de son vivant, mais maintenant qu’il a disparu, plus rien ne l’empêche et je souhaiterais que vous l’écriviez avec Frederik Loewe ». Cole Porter, Rogers et Hammerstein, Irving Berlin, Frank Loesser, avaient déjà refusé la proposition mais Alan Jay Lerner accepte après avoir écrit le scénario du  lm "Un américain à Paris".
Après un timide premier essai Life of the party salué par la presse, leur premier grand succès en 1947 est Brigadoon, un récit original situé en Ecosse autour d’un village qui prend vie un seul jour tous les cent ans. L’histoire est inspirée à la fois par les œuvres de JM Barrie, le créateur de Peter Pan, et par un roman allemand « Germelshausen » de Friedrich Gerstäcker. C’est l’histoire de deux touristes américains qui tombent par hasard sur ce petit village éveillé le temps d’un jour et dont l’un tombe amoureux d’une habitante. Ballets et mélodies enchanteresses ponctuent le spectacle dont l’un des points d’orgue immortalisé au cinéma par Gene Kelly est la chanson « The heather on the hill », chanson autour du sentiment amoureux servi au cinéma par la voix douce et  uette du danseur athlétique.


































































































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