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2. LA RÉVOLUTION «WEST SIDE STORY»
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GENÈSE D'UNE CHANSON
« MACK THE KNIFE »
OU « MY FUNNY
VALENTINE »
CREATION 1928, Berlin AUTEUR Bertolt Brecht REPRESENTATIONS    COMPOSITEUR
Kurt Weill
350 représentations
avant la  n de 1930,
le plus grand succès
théâtral sous la
République de Weimar.
Première représentation
en France en 1930 MISE EN SCENE
Erich Engell
La chanson devenue l’un des hymnes de New York entonnée par les marins qui descendent à terre au début de la comédie musicale et chantée lorsqu’ils arpentent en dansant les rues de la métropole est composée comme plusieurs éléments de la partition de On the town par Leonard Bernstein dans le train qui mène de New York en Californie en plein été
où Bernstein doit dirigé Fancy Free. New York New York est composé en passant par les plaines du
musicaux. Paul Green écrit : « La particularité de la musique de Kurt Weill, c’est qu’elle a un peu toujours le même timbre, le même langage, la même qualité : il y a toujours du tragique au sein du comique et sa musique hante notre oreille intérieure longtemps après », comme
la superbe ballade « Johnny Johnson song ». Kurt Weill s’associe en 1938 à un autre prix Pulitzer, Maxwell Anderson, pour Knickerbocker Holiday qui cible le président américain Franklin Roosevelt en plein new deal, la tyrannie politique, et tire à boulets rouges sur une Amérique devenue hyper interventionniste. On choisit des acteurs non professionnels du chant ou de la comédie pour élargir le public et s’écarter du spectacle bourgeois.
FANTAISIE
ET PSYCHANALYSE
Les spectacles suivants de Kurt Weill sont plus tournés vers le grand public, mais tout aussi audacieux pour Broadway. Lady in the Dark (1941) évoque la psychanalyse à travers une rédactrice en chef de journal de mode. Celle-ci consulte et raconte ses rêves dans lesquels apparaissent ses collaborateurs dans des métaphores de leur rôle dans la vie réelle: rêve glamour, rêve de mariage et rêve de cirque se succèdent avec malice et explorent la personnalité de la jeune femme incarnée par Gertrude Lawrence, pour qui Kurt Weill compose la ballade lancinante «My Ship».
Dans One Touch of Venus (1943), il caricature
la vie paisible en banlieue américaine avec l’histoire d’une statue de Vénus dans un musée municipal qui prend vie lorsqu’un jeune homme essaie à son doigt la bague de sa future  ancée et lui court après. Fantaisie sophistiquée et moderne, le spectacle est imaginé pour Marlène Dietrich dans le rôle de la statue de l’amour,
qui le refuse lorsqu’elle apprend que son personnage doit montrer ses jambes sur scène. Kurt Weill compose ballets, courses-poursuites musicales, quatuor de barbier traditionnel et une délicate mélopée susurrée par la statue à celui qu’elle poursuit de ses ardeurs, «Speak Low ».
Kurt Weill n’en explore pas moins des territoires osés. Avec Street Scene (1947), il
reçoit son premier Tony Award. Comme Porgy and Bess l’était pour George Gershwin, l’œuvre qui se déroule dans les rues de New York un jour de canicule constitue un accomplissement pour le compositeur : un spectacle musical sérieux, dramatique à Broadway, et une synthèse de l’opéra traditionnel européen et du théâtre musical américain avec pour héros un homme ordinaire. Le livret est écrit par l’écrivain naturaliste Elmer Rice et les paroles sont l’œuvre du poète Langston Hughes issu du mouvement Harlem Renaissance, berceau du renouveau de la culture afro-américaine dans les années 1920. Il promène Kurt Weill dans
ces quartiers pour l’imprégner de l’ambiance. Le spectacle brasse les genres: arias d’opéra qui évoquent Puccini, jazz, blues, et des airs dans le style de Broadway. L’histoire raconte la vie dans un immeuble où les voisins bavardent et se chamaillent. Sa mise en scène réaliste anticipe West Side Story. En n, dans Lost in the Stars (1949), tiré du roman de Alan Paton,
Pleure, ô pays bien-aimé (1948), Kurt Weill évoque l’apartheid en Afrique du Sud et une injustice faite à un Noir accusé de vol.
SOUS LE FEU DE LA CRITIQUE
Pourtant, les critiques musicaux se sentent trahis : ils accusent Kurt Weill de pencher vers la banalité et l’idiotie, et de perdre sa touche sophistiquée et son punch satirique dans sa volonté de plaire à la classe populaire et au public de Broadway. Son ancien maître, Arnold Schönberg, le créateur de la musique atonale, le répudie : « La musique de Kurt Weill est la musique que je ne peux tolérer. Celle de Franz Lehar, si vous voulez, mais pas celle de Kurt Weill. » Le fossé entre musique savante et musique populaire n’est pas encore comblé.
ACTEURS PRINCIPAUX
Lotte Lenya (JENNY),
Kurt Gerrron (TIGER BROWN)


































































































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